22h40. Envie de verre pillé. Mes mains flottent sur un océan de petits carrés noirs, froids et indisctincts. Mes lèvres sèches et rèches. Mes yeux qui se couvrent de larmes. Mes oreilles frémissent un peu. Mon nez sent une certaine odeur de renfermé. Et ma conscience se noit dans son désespoir....
Je fais battre mon coeur depuis ces longues petites 18 années, j'en fait souffrir mon corps et je me complais parfois dans mon malheur... J'ai surement des cotés maso, certains cotés psychotiques ou névrosés, mais je n'ai pas la prétention d'expliquer tout le cheminement de ma pensée du haut de mes 18 ans. Je vis. Je broies les seuls aliments que j'ai l'audace de manger avec une machoire qui va bientôt passer au scalpel. Je broies du noir aussi, bizarrement je retombe dans ce petit cercle vicieux quand je souffre de l'intérieur. Alors j'écris. J'écris pour exorciser surement, pour cuteriser la plaie infinie, pour cicatriser les blessures inchangées, pour remplir un gouffre sans fond, pour me laisser croire à la possible objectivité qu'il me reste de moi même. J'expire. Le froid se fait durement sentir sur mes pieds. Pourtant je persiste. Je persiste. Comme les mauvaises herbes du jardin. Comme le roseau qui ne plie jamais pendant la tempète. Comme ces révolutionnaires qui furent tués sous des causes ou raisons diverses. Je persiste dans mon état. Etat de fait ou de droit, je vis sans avoir l'impression que j'en ai le droit. Je me hais très souvent, je ne me comprends que peu, et je me perd souvent à l'intérieur de moi même...
Je parle de moi, comme je ne l'aurai jamais fait auparavant, je parle de moi comme une nécessité, un besoin prépondérant dans mon esprit, qui marque partout la faiblesse de ce dernier à reconnaître mon état physique. Je dénie le malheur de mon corps, et qui finit par nier mon malheur spirituel... Au final je souffre doublement en me voilant la face. Je cherche illusions ou sensations perdues...De fausses rumeurs qui courent les murs... De fausses joies passées, des extases trop éphémères pour qu'elles comptent dans ma vie. J'en veux à tout mon être de devenir tel qu'il est aujourd'hui. Pourtant je n'ai rien fait pour le changer. Je n'ai pas changé. Je suis le petit matias de 1990, qui prenait les poupées de sa soeur pour les décapiter, et qui courrait dans l'herbe au printemps, et se crottait tous ses petits jeans, juste parce qu'il adorait se rouler dans l'herbe...
Je suis étrange, je me fais peur. Je m'effraie par la simple condition que je représente à moi même. Par le simple risque que je peux me faire encourir sans m'en rendre compte. Je tappe sur le clavier, où mes mains gelées se heurtent comme des icerbergs qui se détachent de la banquise. Mon coeur gèle aussi. Depuis ma naissance. Mon coeur veut brûler, et en brûlant les étapes, il se jette impunément dans l'océan de ses propres larmes. Mon esprit veut liberté, mais en priant d'acquérir plus de liberté, il en perd sa liberté personnelle d'exister... Je suis un cas de conscience, un unique cas de conscience, qui retrace mes blessures, les morsures de chaque aube comme les réconforts de chaque crépuscule... Je suis statique, spontané à un moment, et n'aura plus de valeur dans quelques heures ou quelques minutes... je n'aurai de valeur et de sens que pour moi.
J'écris pour vider, pour expier, cracher, hurler, vomir, faire sortir la boule de charbon qui rend malade mon âme, qui attriste mon coeur et qui empoisonne mon esprit. J'écris pour vous dire, que dire ce que vous me dites ne me dit rien de plus que je ne dis. J'écris pour vous poser en tant que témoin, non acteur, en tant que passif de ma propre souffrance... Muette est la nuit maintenant, apaisé mon coeur, reposé mon esprit, et je respire de l'air pur à pleins poumons. Je respire comme jamais je ne respirerais dès maintenant...